Récréation
Bienvenue à Saint-Cloud !
Publié le 26/05/2021

Le Professeur
Mon tramway glisse silencieusement du quartier d’affaire de la Défense et s’arrête à Saint-Cloud. Dans mon esprit de geek, je me surprends à prononcer le nom de cette bourgade bourgeoise de la banlieue parisienne à l’anglaise, [klaʊd]. Cette station devient, par magie et humour de geek, le symbole et le saint patron des fermes de stockage « dans les nuages » indispensables à toute vie numérique.
Nous voici dans l’espace du « Cloud computing ». La troisième révolution du numérique est en marche accélérée pour délocaliser, stocker, archiver et gérer toutes vos données dans d’immenses fermes de serveurs aux capacités et aux performances étourdissantes. L’internet des pionniers du Web de 1994 est à ranger aux oubliettes de l’histoire numérique. Quoi que vous fassiez, quoi que vous disiez, quoi que vous pensiez, quoi que vous imaginiez, tout est désormais copié, dupliqué, stocké, trituré, exploité dans ces immenses clusters disséminés dans de vastes fermes. C’est un FarmVille planétaire ou les vaches sont des comptes Facebook qui alimentent en pixels et datas alphanumériques d’autres comptes Twitter, Insta, TikTok et LinkedIn. Imaginez des milliers de machines dans des data center, disposant de 128 Go (pas Mo mais Go) de RAM et 48 cœurs par machines, pour un prix dérisoire. C’est bon, vous avez le vertige ?
Ce n’est que le début, votre vie est déjà 100 % numérique. Plus besoins de stocker en local vos films, applications, musiques et datas en tout genre, le Cloud rend cela disponible partout, tout le temps sur n’importe quoi. Vous êtes devenus des humains ATAWAD (« Any time, anywhere, any device ») surfant à loisir sur vos smartphones, faisant des selfies, des vidéos, des commentaires en permanence et inondant la planète de vos « LOLCat » (vidéos de chats). Attention cela déborde, car si le Cloud computing semble magique par sa virtualité dématérialisée, c’est en fait un gouffre énergétique. Personne n’a jamais fermé le robinet de la production ni de la diffusion de datas sur la planète au point que cette surproduction devient un risque écologique. Pensez-y en regardant votre smartphone…
Rendez-vous le mois prochain pour découvrir sur notre site les interventions éclairées du Professeur !
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