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Interviews

Un petit tour dans l'atelier de Cyprien

Publié le 04/11/2020

Cyprien, c'est une des grandes stars de YouTube avec plus de 13 millions d'abonnés. Mais c'est aussi un authentique passionné de BD qui met le même soin aux scénarios de Roger et ses Humains (dont le troisième tome paraît le 20 novembre) qu'à ses célèbres vidéos.

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Un petit tour dans l'atelier de Cyprien
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Tes BD et tes vidéos, tu les fabriques où ?

J'ai une boîte de prod. C'est là que je travaille les parties images et scénarios de mes vidéos. Il y a aussi un étage consacré au studio de jeux vidéo que j'ai fondé qui s'appelle la Gamerie. Mais pour la BD, j'écris plutôt le week-end ou le soir chez moi.


La BD, c'est un loisir alors ?

Ça devrait, mais on a quand même des délais à respecter. Comme j'écris beaucoup sur plein de choses, j'ai besoin de temps et d'inspiration pour Roger. On a quand même fait près de 300 strips. En fait, je prends beaucoup de notes sur mon téléphone. Dès que j'ai une idée, je l'écris.   


C'est très différent d'écrire une vidéo et une BD ?

C'est cousin parce que c'est de la fiction. Mes vidéos sont plutôt des sketchs, l'évolution des personnages est limitée. Dans la BD, c'est important qu'il y ait des arcs narratifs et des évolutions de personnages. Quand je travaille sur un film ou un court métrage, je pense de la même manière. Évidemment la différence, quand c'est de l'audiovisuel, c'est qu'il y a toute une équipe avec moi.


Est-ce que tu dessines ? Est-ce que tu fais des story-boards ?

Sur Roger, non. C'est aussi pour laisser la main à Paka qui a une grande habitude du strip. Je m'en voudrais d'interférer sur son sens du rythme et de l'action. Il est bien meilleur que moi. Je lui donne un texte écrit avec une description et les répliques. En revanche, quand je fais un court métrage, je dessine mes story-boards. Je dessine par passion, mais je ne pense pas que ce soit publiable. Petit, je voulais en faire mon métier. Mais ça prend tellement de temps. Et j'aime bien changer les manières de créer, jeu vidéo, court métrage, BD, sketchs. J'aime beaucoup pouvoir alterner tout ça, et ce ne serait pas possible si je dessinais. 
 

Roger et ses humains


Vous vous voyez avec Paka ?

Pas trop, parce qu'il est à Montpellier et moi à Paris. On travaille à distance, on utilise une petite messagerie d'entreprise.


Dans Roger, il y a une trame générale ?

Oui, j'ai d'abord besoin de connaître la fin. Puis je vois comment évoluent les personnages. C'est là-dessus que je passe le plus de temps. Je crée ensuite les situations, puis les strips.  


Roger est donc une série qui va se terminer ?

Les tomes 1 et 2 se terminent sur un cliffhanger, mais le tome 3 a une fin avec moins de suspens. Je n'ai pas prévu d'écrire la suite prochainement. Si je veux le faire, il faudra que je change tous les personnages. Là, j'ai envie de passer à une autre forme de BD. J'aimerais bien faire un manga. Plus de pages, plus condensé, avec plus d'action. J'ai déjà un peu la trame, il faut maintenant que je trouve un auteur ou une autrice avec qui ça va marcher. La BD est un grand plaisir, je ne voudrais pas arrêter là.
 

Roger et ses humains

Il y a un dessin animé Roger ?

Oui, il est fait par le studio Ellipse. Ce sont de courtes capsules de deux minutes. En gros, ça se concentre sur les vannes de la BD en occultant l'histoire. On en publie un épisode chaque semaine sur YouTube.  


Tu as toujours été fan de BD ?

Oui j'adore ça depuis toujours. Chez moi, j'en ai des bibliothèques entières. J'ai grandi avec ça. Je suis un gros lecteur, je passe rarement devant une librairie sans entrer. Et j'ai beaucoup de chance, quand je vais chez Dupuis ils me donnent les dernières nouveautés ! Je lis aujourd'hui beaucoup plus de franco-belge que quand j'étais ado. À l'époque, je ne jurais que par le manga, Dragon Ball, Twenty Century Boy – je suis super fan de Naoki Urasawa, je rêverais de le rencontrer un jour. J'ai été beaucoup marqué également il y a quelques années par Jean Doux et le mystère de la disquette molle, que je trouvais incroyable.  


Tes vidéos, comment tu les fais ?

Dès que j'ai une idée, je me demande comment la mettre en scène. Soit c'est face caméras, avec des petites illustrations, souvent avec des perruques (ma spécialité), soit j'essaie d'aller plus loin, comme pour "Les réunions" ou "Le clash des applications". C'est que j'appelle du sketch. Quand j'ai un angle de mise en scène j'en parle à mon directeur de production et à mes équipes, tournage, montage, post-production, étalonnage et hop ! C'est en ligne !


Ça l'air très professionnel

Ça fait des années que ce n'est plus fabriqué chez moi. Quand je poste une vidéo, je veux qu'elle ait un vrai niveau de qualité, dans le scénario comme dans l'image, même si ça peut paraître simple et naïf. C'est très travaillé. J'essaie d'augmenter le niveau de mes productions.  


C'est très écrit ou ça reste improvisé ?

Pour "Les réunions", par exemple, on a un plan, une caméra, trois comédiens ; on a certes un texte, mais le plus souvent, on improvise, on cherche à se faire rire, à se piéger pour trouver des trucs un peu plus fous. Quand c'est un sketch ou un court métrage très découpé, le fond est très écrit. Pour "Le clash des applications" où j'incarne une vingtaine d'applications qui se regardent et parlent les unes aux autres, il y a un peu d'improvisation, mais il faut quand même que je regarde au bon endroit et pas que j'oublie quelque chose, sinon tout tombe à l'eau. Il y a donc toujours une base de texte. Mais le tournage reste le moment où on s'amuse. Il y a aussi des moyens techniques. Si un sketch doit être fait en 3D je ne m'en prive pas. Certains sketchs ou courts métrages peuvent coûter très cher. Un de mes derniers, "L'autre moi", a coûté 150 000 euros. Ce sont de grosses productions que je fais de façon artisanale, même si ça commence à ressembler à des tournages de films.


La BD, c'est tout léger en comparaison

La BD est un médium tellement noble que je m'en voudrais de faire un truc bâclé. C'est pour ça que j'y passe du temps. Je prends ça très sérieusement. Surtout chez Dupuis, où il y a tellement d'auteurs importants.


Dans Roger tu es quel personnage ?

Moi je suis Hugo ! Je ne suis pas allé chercher loin. Le couple qu'il forme avec Florence est totalement inspiré de ma vie. J'essaie d'être créatif, mais je suis comme lui complètement désorganisé. Grosse différence avec Hugo, c'est qu'il n'a pas son permis, alors que moi, je l'ai eu il y a une semaine !  


Félicitations ! Ta marque de fabrique c'est l'autodérision ?

Oui il faut que les personnages aient des failles. J'essaie qu'ils aient des défauts attachants – et où les trouver, sinon dans un miroir ?  

Cyprien


Pour travailler, tu as besoin d'être entouré d'objets ?

J'aime bien quand c'est clean et ne pas être submergé de bazar. Mais j'ai besoin de livres. Chez moi je suis entouré d'immenses bibliothèques pleines de BD. Au bureau c'est un mélange de bien rangé et de choses plus funs. J'ai par exemple une énorme figurine Broly qu'on m'a donnée. J'ai retrouvé le Diamond Button de YouTube pour 10 millions d'abonnés. Je ne suis pas très attaché aux trophées, mais celui-là, il y en a peu dans le monde. Au final, je suis plus fier quand je vois un tome de Roger qu'un trophée.
 

Dans l'atelier de Cyprien

 

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