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Yves Schlirf, spirouphile et homme-orchestre de la BD
Publié le 06/10/2026
Quel est le point commun entre Spirou, Naruto, XIII et Blake et Mortimer ? Yves Schlirf ! Éditeur visionnaire, libraire, vulgarisateur, Yves Schlirf était tout ça à la fois ! Il nous a quittés le 12 septembre dernier.
D’Yves Schlirf on connaît les passions, les coups de cœur et de gueule, son influence considérable. La seule chose qu’on ne connaît pas, c’est sa date de naissance sur laquelle il gardait le mystère. Il a toutefois incarné la BD en Belgique pendant un demi-siècle.
Isabelle Debekker, la directrice du Centre belge de la bande dessinée, témoigne : « Il racontait des histoires d’auteurs incroyables. C’était une mémoire vivante de la BD ! »
Yves Schlirf se fait connaître dans les années 1970 à Bruxelles. Il écrit pour le fanzine Tip Top et crée SchlirfBook, une des toutes premières librairies spécialisées en Belgique.
Il accompagne les artistes émergents qui transforment Spirou. Marc Wasterlain (Docteur Poche) et André Geerts (Jojo) sont les deux premiers auteurs qu’il édite.
Dans Spirou, entre 1980 et 1982, il écrit sur Macherot ou Will, et anime la « Schlirfographie », un tribunal de BD où il fait le procès des nouveautés. Yves Schlirf défend les albums quand « l’Autre », un adversaire fictif, les descend avec une mauvaise foi jubilatoire. Yves provoque même l’Autre en duel dans un roman-photo publié par le journal.

XIII vies
Les années 1980 le voient grandir comme éditeur. Il publie Moebius, Schuiten et Peeters, et surtout le mythique Et Franquin créa la gaffe, le livre d’entretiens de Numa Sadoul avec André Franquin.
Numa Sadoul est resté proche d’Yves Schlirf : « Très jeune, il avait déjà tout compris des livres, de la bande dessinée. Il était extrêmement rigoureux dans le travail, parfois même pénible. Mais c’était aussi quelqu’un de charmant, d’ouvert à tout et de très drôle. »
Son sens de la BD le fait passer par les grandes maisons d’édition, Dupuis, Glénat et Dargaud, où il devient directeur général Bénélux. Les éditrices Ryun Reuchamps et Valérie Beniest travaillaient à ses côtés : « C’était mouvementé ! Il avait trois idées par heure ! Il était curieux de tout, cinéma, art, littérature, et restait passionné de BD. Le tout se mélangeait dans une créativité foisonnante, parfois difficile à suivre. »
Yves Schlirf multiplie les séries à succès : Pin-up, Murena, Le Scorpion, Undertaker et surtout, avec son ami Jean Van Hamme, une histoire de héros amnésique dessinée par William Vance, XIII, un de ses plus grands succès.
L’œil du ninja
L’homme a du flair. Amoureux du Japon, il est l’un des premiers à comprendre le potentiel du manga. Au sein de Dargaud, il crée Kana en 1996 et publie entre autres Saint Seiya, Yu-Gi-Oh! et surtout Naruto. Yves Schlirf raconte dans un entretien à la Tribune de Genève : « Je suis tombé sur cette aventure de ninja, un truc parfait pour un public d’enfants que la BD franco-belge avait laissé de côté. Nous sommes allés au Japon, nous avons fait un beau discours à l’éditeur japonais, mais ça ne l’a pas du tout intéressé ! C’est un article de presse sur ma librairie et moi qui l’a convaincu ! »

Il ne délaisse pas pour autant les classiques franco-belges. Il reprend en main Blake et Mortimer. Intransigeant sur l’héritage d’Edgar P. Jacobs, la série, incarnée par différents auteurs, est un carton.
Ces dernières semaines, Yves Schlirf travaillait sur un album hommage pour les 80 ans de la série. Infatigable.
« Il suivait énormément de projets, raconte Isabelle Debekker, c’était l’éditeur avec un grand E. » « On parle souvent des grands auteurs, renchérit Numa Sadoul, mais il y a aussi des grands éditeurs, Yves en était un. »
Yves Schlirf est décédé brusquement chez lui le 12 septembre dernier : « Il s’est éteint d’un coup en lisant un livre sur son lit, témoigne, ému, Numa Sadoul. Il n’y a pas meilleure fin pour un éditeur. »


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