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Zabus et Bodart : sorciers de l’émotion
Publié le 29/04/2026
Années 70. Le petit Louis, en vacances au bord de la mer, espionne une vieille femme réputée confidente des morts. De quoi faire naître en lui un étrange projet… Avec Vincent Zabus et Denis Bodart, découvrez les huit ingrédients de Si je t’écris…, un touchant et frissonnant récit de sorcellerie intimiste ! Interview complète du Spirou 4595 du 6 mai.
Ingrédient nº 1 : Un enfant innocent. Et l’adulte qu’il deviendra
Vincent Zabus. Si je t’écris… nous présente Louis, un adulte revenant avec sa petite famille sur les bords de mer où, enfant, il avait accompagné son père. Là, il avait cherché à rencontrer une étrange sorcière censée parler aux morts et vivant dans une maison sur la falaise… Une aventure mystérieuse dont il n’imaginait pas qu’elle deviendrait si fondatrice pour lui ! Si je t’écris… est d’abord né dans La sorcière de la rue potagère, un conte écrit pour un Spirou spécial Noël en 2014. Mais, dans l’histoire originelle, il n’y avait ni Louis adulte ni vacances à la mer, mais déjà un secret autour d’une mystérieuse lettre écrite par le petit garçon…
Denis Bodart. Dessiner un même personnage à deux âges différents, ce n’était pas évident ! J’ai essayé de trouver la vérité de chaque Louis, de faire en sorte que chacun suscite une forme d’empathie bien à lui. J’ai travaillé sur Si je t’écris… pendant près de dix ans. Donc pas facile de garder une cohérence graphique ! Ça m’a obligé à redessiner en fin de processus plusieurs planches. Quant aux couleurs, je ne comptais au départ pas les faire moi-même. Mais, après tout ce temps, je connaissais si bien mes personnages que je ne me voyais pas les « déléguer ».

Ingrédient nº 2 : un zeste de mystère
Denis Bodart. La maison menaçante sur une falaise est un archétype que l’on retrouve souvent, par exemple, dans les films de Tim Burton. Celle de notre sorcière devait donner un sentiment de vertige au lecteur. Je la voulais inquiétante et inaccessible, sans quoi le fait que Louis veuille s’y rendre n’aurait rien eu d’exceptionnel ! Je me suis inspiré des maisons que l’on voit sur les hauteurs de Namur et Bouge, en Belgique. Enfant, j’ai moi-même vécu dans ce genre de bâtisse !

Ingrédient nº 3 : un soupçon de secret
V.Z. Louis cache un grand secret, qui expliquera son désir de remettre une lettre à la sorcière. La difficulté, quand on construit une histoire reposant sur un secret, c’est qu’on risque de décevoir le lecteur à l’arrivée ! J’ai donc installé plein d’autres petits mystères « intermédiaires », mais aussi d’autres types d’émotions. Si je t’écris… est une histoire émouvante, mais construite avec du suspense et de l’humour. J’avais envie que le lecteur s’attache à Louis, pas seulement à son secret.

Ingrédient nº 4 : un rayon du soleil de bord de mer
D.B. Notre envie était d’orchestrer une opposition entre la noirceur de certains éléments de la vie de Louis et les couleurs chaudes de ses vacances d’été. Pour composer la petite ville où Louis réside, j’ai d’abord listé les éléments dont le scénario avait besoin, comme un cimetière ou un pont de fer. Puis je me suis inspiré en vrac de la ville de Port-en-Bessin, de la Côte d’Opale, d’Étretat, de la Gironde, mais aussi du sud de la France pour la chaleur et la couleur des pierres des maisons.

Ingrédient nº 5 : un rien de souvenirs
V.Z. Si je t’écris… ne me vient pas d’un souvenir précis. Ça se joue plus au niveau de l’inconscient. J’y parle par exemple de ces fêtes d’anniversaire où les non-dits rendent le moment moins joyeux. Ce que des enfants comme Louis perçoivent parfaitement… J’ai toutefois mis quelques petites touches de moi dans ce scénario. Par exemple, mon amour pour l’écriture et la manière dont celle-ci révèle les choses et les gens. On y trouve aussi le cimetière de mon village d’enfant, où j’étais persuadé de voir des feux follets !

Ingrédient nº 6 : de l’eau, beaucoup d’eau
D.B. Les éléments vont se déchaîner dans Si je t’écris… Car Louis, qui va désobéir à son père et sortir en pleine tempête, va prendre de gros risques. Et c’est tant mieux, car sans obstacles, pas d’héroïsme ! Pour dessiner Si je t’écris…, j’ai poussé très loin mon crayonné plutôt que de faire un encrage traditionnel. Ça m’a obligé à énormément nettoyer mes planches. Sauf celles de tempête, où toute la « crasse » graphique correspondait bien à la furie des éléments !

Ingrédient nº 7 : de la sueur, beaucoup de sueur
D.B. J’ai passé beaucoup de temps sur chaque planche de Si je t’écris…, veillant à chaque détail. Lorsque je dessine, je me sens comme un réalisateur qui attend quelque chose de ses acteurs, que ce soit un ton précis dans les dialogues ou un jeu particulier. Tant que je n’obtiens pas ce que je veux, je cherche. Mais je ne peux bien sûr pas tout contrôler et c’est tant mieux ! Car les accidents de « dessin » sont parfois très bénéfiques. En dessinant, j’ai l’impression d’être pris en charge par ce que je suis en train de faire, comme si je vivais les émotions que je mets en scène. C’est presque… de la sorcellerie !

Ingrédient nº 8 : de la bienveillance
V.Z. Lorsque l’on sait que son scénario va être dessiné par quelqu’un au trait aussi spectaculaire que celui de Denis Bodart, forcément on a envie de nombreux types de décors et d’émotions. Et comme je savais qu’il allait s’investir à fond dans le projet, et donc passer beaucoup de temps sur chaque planche, il fallait que je varie les ambiances afin d’être sûr qu’il ne s’ennuierait pas. Ce sera aussi, je l’espère, l’assurance pour les lecteurs de passer un excellent moment !

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