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L’arrière-boutique : « Capsule temporelle »

Publié le 07/10/2026

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« Mais comment font-ils ? » C’est ce que l’on se demande chaque semaine en découvrant une nouvelle page du formidable « Capsule temporelle ». Et puisque Trondheim et Juanungo nous font le plaisir de deux pages dans le n°4618 du 14 octobre, nous leur avons ouvert une double Arrière-boutique afin qu’ils nous en révèlent les secrets de fabrication !

L'arrière-boutique

Juanungo : Lewis est une Bugatti du scénario. Il élabore ses pages sous forme de storyboard, car cela lui est plus facile que par écrit. Ce format lui donne une idée de la densité compositionnelle qu’une page peut contenir. Mais je suis libre de réorganiser ensuite ces informations de la manière qui me semble la plus optimale pour renforcer l’effet dramatique. Quoi qu’il en soit, je ne passe jamais à l’étape du dessin sans avoir obtenu l’aval de Lewis, qui peut me faire alors des remarques. La priorité, c’est l’histoire, pas notre ego !


Trondheim : Je n’ai absolument aucun regret de ne pas dessiner moi-même un personnage aussi emblématique que le Marsupilami. Mon vrai plaisir a toujours été de scénariser. Le dessin, c’est difficile, surtout si l’on veut s’approcher de l’école de Marcinelle.

Trondheim : Juan a surdécoupé ce strip et sous-découpé le suivant par rapport à ma proposition. Je ne reviens que très rarement sur ses changements, principalement quand il y a des questions de compréhension. Juan est une Rolls-Royce du dessin. Il faut absolument qu’il se sente à l’aise dans ce qu’il va dessiner, qu’il y prenne un maximum de plaisir.

On m’a fait remarquer que la queue du Marsupilami créait une « ligne de lecture«  entre les cases de ce strip. Je n’y ai pas pensé une seconde. Donc je suppose que la bande dessinée est devenue mon langage naturel.

Je mets des codes couleurs et des annotations afin que mes storyboards soient immédiatement lisibles. Juan, je sais qu’il n’en a pas besoin. Nous avons fait un Donjon ensemble et Manoir à louer. C’est plus pour le directeur éditorial de Dupuis et le rédac’ chef de Spirou, qui ont mille choses à lire.

J’écris toujours en storyboard, pour moi ou pour les autres. Je demande ensuite aux dessinateurs s’ils veulent ma version découpée, sur laquelle ils peuvent réintervenir. Seuls Stéphane Oiry et Matthieu Bonhomme m’ont demandé le scénario sans storyboard.

Juanungo : J’ai sous-découpé ce strip pour laisser plus d’ampleur à la dernière case. Je trouve que les plans généraux ont beaucoup d’impact. J’aime les utiliser pour marquer un moment important ou dramatique.

Le storyboard m’est indispensable pour structurer ce que j’ai visualisé dans ma tête. Il offre le plaisir de vérifier si ce que l’on a imaginé est réalisable, mais fait aussi prendre conscience de tout ce qu’il faudra minutieusement dessiner ensuite ! À ce stade, la page me sert à placer les éléments, à vérifier si l’histoire se lit bien. Certains points, comme la position de la queue du Marsupilami, viennent ensuite… Car c’est un sujet à part entière que je ne considère pas encore maîtrisé !

Au départ, cette case avait un côté menaçant qui ne fonctionnait pas lorsqu’il était adapté au style « Marcinelle ». Franquin réalisait rarement un cadrage de ce genre. Le langage de la bande dessinée a beaucoup évolué, et j’ai souvent dû faire marche arrière pour ne pas m’éloigner des codes de l’époque.

Je m’inspire plus des dessins finis de Franquin que des quelques storyboards que j’ai pu voir. Mon intention est d’arriver au même résultat que lui mais en empruntant un autre chemin. Il y a toutefois certains aspects de son processus de création qu’il m’a été essentiel d’adopter pour comprendre sa logique. Comme l’idée de tracer des lignes en haut des cases pour y positionner les bulles, puis de s’arranger avec l’espace libre restant en dessous pour dessiner. Franquin devait avoir une technique quasi industrielle pour parvenir à une telle production !

Le calot de Spirou était à droite sur le board de Lewis, à gauche sur mon board à moi et finalement à droite sur la dernière planche ! L’explication, c’est que je dessine en numérique et que je retourne sans cesse les dessins. Il s’agissait donc d’une erreur, que j’ai heureusement corrigée dans la version finale ! S’il y a bien une chose qui n’a pas changé depuis Franquin, c’est que travailler pour un journal, c’est courir sans arrêt !

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