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Les 9 commandements de Saint Lucky Luke
Publié le 28/10/2026
Alors que le journal Spirou publie à partir du 4 novembre (n°4621) le nouveau Lucky Luke, « Saint Lucky Luke », où le cow-boy solitaire se retrouve canonisé, nous avons demandé à Jul et Achdé de nous révéler les 9 commandements de cet album déjà culte.
De saint Lucky Luke tu ne douteras pas
JUL. Le Far West a toujours été une terre de religions mais aussi de croyances. Il suffit de voir le succès des charlatans et de leurs célèbres remèdes miracles ! Dans cette ambiance de crédulité, il était logique que Lucky Luke passe un jour pour un saint. Il a le pouvoir divin de tirer plus vite que son ombre, parle aux animaux comme saint François, méprise l’argent et vit comme un ermite. Deux individus, chacun à sa façon, vont donc essayer de faire fortune grâce à une nouvelle religion : le « lukisme » !

D’eau de bain lukien tu t’aspergeras
ACHDÉ. L’un de ces individus va vendre l’eau du bain de Lucky Luke à la manière de l’eau miraculeuse de Lourdes ! « Saint Lucky Luke » n’est toutefois pas une critique de la religion, mais plutôt de sa marchandisation telle que la pratiquent les riches prédicateurs américains. La foi, c’est respectable. Pas les marchands du temple. D’ailleurs, c’est écrit dans la Bible ! Mais, aux USA, faire du blé n’est pas un péché. La mention « In God we trust » inscrite sur les dollars en est bien la preuve…
Sur les parallèles entre Far West et notre époque tu t’interrogeras
JUL. Hier comme aujourd’hui, les gens inquiets de la marche du monde se tournent souvent vers des croyances rassurantes, même si elles sont aussi folles que la croyance en saint Lucky Luke. Il suffit de voir Trump, sur ses réseaux sociaux, qui se représente en Jésus grâce à l’IA ! Dans « Saint Lucky Luke », c’est par le télégraphe que vont circuler les fake news… Tous ces sujets politiques ont leur place dans Lucky Luke. Des albums comme « Le juge », « Des barbelés sur la prairie » ou « Les rivaux de Painful Gulch », sur lequel on peut transposer la plupart des conflits modernes, avaient une dimension politique !

De saint Morris tu te souviendras
ACHDÉ. D’après ma mère, quand j’étais gamin, je disais que je voulais être dessinateur de Lucky Luke, que j’avais découvert dans un recueil de Spirou ! À la fin des années 90, on m’a proposé de participer à un album collectif en hommage à mon héros. J’ai fait une histoire très maladroite, mais qui m’a valu d’être contacté pour faire un essai sur des strips Rantanplan ! Morris m’a donné des conseils, notamment sur la répartition des noirs et des ombres. « Regarde ce que j’ai fait, et ça viendra tout seul », me disait-il !
Les Indiens tu protégeras
JUL. J’ai découvert tardivement, lors de voyages dans des réserves, qu’il existait de nombreuses différences de langue ou encore d’habitat entre les tribus indiennes. J’ai donc essayé de faire évoluer certains stéréotypes, dans « Saint Lucky Luke », en faisant se rencontrer le cow-boy et les Pawnees du Nebraska. Pourquoi cette tribu précisément ? Parce que mon scénario avait besoin d’une région ayant connu diverses catastrophes naturelles ! J’en profiterai également pour rappeler que les USA se sont construits sur le massacre des Amérindiens, à qui les blancs avaient par exemple offert des couvertures contaminées à la variole… Une indignité à laquelle saint Lucky Luke ne restera pas insensible !

Les choix graphiques les plus compliqués tu feras
ACHDÉ. Ce qui a été compliqué à gérer dans « Saint Lucky Luke », c’est que l’action se déroule dans deux villes, chacune entre les mains d’un prédicateur. Et comme rien ne ressemble plus à une ville de l’Ouest qu’une autre ville de l’Ouest, je ne voulais pas qu’on les confonde ! J’ai aussi dû gérer pas mal de foules, dont un nuage de sauterelles ! J’ai changé le découpage de Jul sur cette séquence afin d’installer une tension évoquant le film Les oiseaux d’Alfred Hitchcock. J’ai fait tous les choix les plus compliqués graphiquement. Mais je ne le regrette pas. Plutôt qu’un talentueux instinctif, je suis un besogneux qui n’est jamais meilleur que dans l’adversité !
Du Covid tu rigoleras (ou pas)
JUL. J’avais déjà parlé du Covid dans ma série Silex and the City, qui commente l’actualité façon âge de pierre. Peu d’événements sont parvenus à bloquer le monde comme l’a fait le Covid. Je trouve qu’on a tendance à trop l’oublier, alors qu’il s’agit d’un phénomène pourtant appelé à revenir ! D’ailleurs, quand Achdé et moi bouclions l’album, l’actualité était centrée sur l’émergence de l’Hantavirus ! La maladie, en l’occurrence la variole, étant au cœur de « Saint Lucky Luke », il me semblait donc pertinent de faire un parallèle entre ces deux épidémies « tombées du ciel« .

En famille tu travailleras
ACHDÉ. Je travaille avec mon fils, Mel Acryl’ink, qui fait maintenant les couleurs de Lucky Luke. Ce n’est pas un passe-droit. Je cherchais un coloriste, mais sans trouver exactement celui ou celle que je voulais. Mon fils a fait un essai, que nous avons soumis sans dire qu’il s’agissait de lui. Et il a été pris ! On fait évoluer petit à petit certains codes, par exemple avec de très légers dégradés dans le ciel et les sols.
Faire sortir un insecte de la case tu oseras
ACHDÉ. Uderzo et Morris n’ont pas fait école, preuve que leur style était très personnel. Pour moi, Uderzo, c’était du dessin animé et Morris, l’exactitude du mouvement arrêté. C’est de lui, et de sa famille qui me conserve sa confiance, que je tiens ma légitimité sur Lucky Luke. Je prends toutefois quelques légères libertés dans la composition et le découpage des pages tels qu’il les pratiquait. Par exemple en termes d’ellipse, puisqu’il s’agit d’une notion que la plupart des lecteurs possèdent aujourd’hui, ce qui n’était pas le cas au début de Lucky Luke. Lors de l’attaque des sauterelles, je me suis amusé à faire sortir un insecte de la case. Ça, Morris ne l’aurait jamais fait !
Les Aventures de Lucky Luke d’après Morris – Tome 12 – disponible en librairie le 6 novembre 2026


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